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L'aspiration à la liberté 2

masque  Meichelbeck Elisabeth — 01/11/2008

Depuis que l’homme est homme, il cherche à prévoir, à prédire. Sans doute pour économiser son énergie ? Pour pouvoir souffler certains jours ? Pour mille autres raisons et une qui n’est que peu énoncée : pour se repérer.

De façon récurrente dans l’histoire de notre civilisation des individus se sont penchés sur la nature cyclique des événements pour tenter d’en percer le mystère. Même Marx disait : « les évènements se reproduisent toujours deux fois, une première comme tragédie, une deuxième comme farce ». Blague mise à part, les agriculteurs ont le cycle des saisons. Nous avons tous le cycle jour et nuit. Les économistes, les entrepreneurs, et bien d’autres utilisent en permanence des cycles pour investir.
Un cycle c’est avant tout un retour à du même. Ce retour se fait par une alternance de phases dont on ne peut pas prévoir forcément l’ampleur mais bien la succession. Nous renvoyons le lecteur aux articles publiés sur ce site.

Il n’y a pas de vie sans un rapport entre le même et le différent. Entre le répétitif et le nouveau. S’il n’y avait que du nouveau, on n’aurait pas de repères. S’il n’y avait que du répétitif, cela contredirait les grands principes de la vie (reproduction, transformation, évolution).

Ce texte a été publié en 1990, Internet n’existait pas pour le grand public, la chute du mur de Berlin n’avait pas eu lieu.

On ne peut qu’être frappé par la vision « prophétique » du texte qui s’appuie uniquement sur un décodage cyclique du monde depuis 1363, date de l’invention de l’imprimerie et prise par E.M. comme point de départ de notre modernité.

Cette cyclicité est calculée à partir des douzièmes de la grande année qui marque le retour au même de la rotation de la terre sur son écliptique, ce qui conduit à une grande période de 2160 ans. Période elle-même découpée en douzièmes ce qui conduit à un cycle de 180 ans, lui-même découpé en sous périodes de 15 ans. La période analysée ici démarre en 1903 ( = 1363+540 ans). Chaque période peut être décodée en trois ou quatre phases. Une phase d’accouchement, une phase de croissance et de maturation et une phase de relativisation et de repositionnement. (Ces trois phases sont présentes dans chaque sous cycles et durent alors 5 ans).

A partir de 1993 et durant une quinzaine d’années, les interrogations et les aspirations se déplaceront sur le terrain du droit, du partage, de la justice, de l’égalité et de toute forme de relation à l’altérité. Cette période verra émerger des aspirations analogues à celles qui étaient à l’œuvre dans les périodes 1453-1468,1633-1648,1813-1828.

Nous retenons de la période 1453-1468 « le dialogue sur le libre arbitre » de Lorenzo Valla et l’illumination de Nicolas de Cues. Cette illumination l’amena à considérer que tout l’effort de l’esprit humain devait être mobilisé pour « s’élever à cette simplicité où coïncident les contradictoires. »

La recherche d’une logique du vivant, ternaire, processuelle et qui joue du tiers inclus, devrait apparaitre après 1993 et trouver de multiples applications résolutoires aux difficiles problèmes du racisme, de la xénophobie, de l’exclusion en général. C’est dans la période 1633-1648 que Descartes a publié l’essentiel de son œuvre. La focalisation actuelle sur les moyens et les techniques n’a retenu que sa Méthode et a conduit ainsi à une profonde dénaturation de l’importance de sa contribution. (cf. Pierre Guenancia, Descartes et l’ordre politique). Descartes propose d’abord une rupture avec les penseurs précédents et prône l’inspection intérieure où l’esprit reste seul à seul avec lui-même. Il propose de concevoir au lieu de s’en remettre à ce que peuvent nous donner à voir les sens, ou à ce que notre imaginaire peut produire. Par là, il place directement le penser comme un verbe, une action sur le plan conceptuel, indispensable à une approche ternaire. Du point de vue des aspirations, le génie de Descartes s’exprime surtout pas l’intuition, et vraisemblablement par le vécu, du plan conceptuel.

Si les esprits n’étaient sans doute pas mûrs pour recevoir une telle proposition, cela ne devrait plus être le cas durant la période 1993-2008. Une partie essentielle de l’œuvre de Descartes jusqu’ici négligée voire contestée, sera redécouverte. L’idée même du doute cartésien prendra toute sa dimension. Nous nous contenterons de remarquer que l’expression du doute chez Descartes se situe dans le prolongement de la vision de Nicolas de Cues.

La recherche de la coïncidence des contradictoires a traversé la vie de Hegel, en quête permanente d’un troisième pôle, conceptuel. N’accouchant malheureusement que de la notion de synthèse, Hegel nous a laissé quand même sa logique processuelle (cf. Charles Kretjman, séminaire d’ethno technologie, Collège international de philosophie), pièce maîtresse pour penser le vivant. On peut raisonnablement estimer que la phase 1993-2008 complètera cette quête fondamentale. Ce sont les Principes de la philosophie du Droit, publiés en 1821 qui témoignent de la résonance particulièrement forte de Hegel aux aspirations à l’œuvre au cours de cette période, ce qui ne préjuge pas de la valeur de ses conclusions. La résonance aux aspirations de l’espèce ne libère pas les individus de leurs enganguements (sic-mot crée à partir du mot gangue) et des adhérences contextuelles.

Quand Feuerbach écrit « que le Dieu dont parle Hegel n’est autre que l’homme lui-même », il rend un hommage extraordinaire à Hegel, que celui-ci n’aurait pas forcément été capable d’assumer, comme en témoigne son affirmation : « je suis luthérien et je veux le rester ».

Du point de vue des aspirations, les systèmes explicatifs n’ont aucun intérêt, seuls comptent les instants où l’esprit échappe aux conditionnements et s’extasie dans une vision des enjeux. Ces instants conditionnent ensuite des années de labeur pour tenter d’en rendre compte. Mais les produits de ce labeur ne sont pas exempts de traces laissées par les structures psychiques et mentales conditionnées, du penseur, qui garantissent sa cohérence et lui permettent de rester en communication avec ses congénères. Ces moments sublimes du voir s’expriment chez les philosophes par le souffle de l’esprit, décelable derrière les constructions mentales, plus acceptables par l’environnement, mais où, malheureusement l’esprit est souvent dénaturé.

Entre 1813 et 1828 paraît la grande œuvre de Schopenhauer : « Le monde comme volonté de représentation » (1818). Là encore ce ne sont pas les thèses de Schopenhauer qui sont importantes, mais sa tentative d’introduire l’éprouvé dans le penser, de distinguer les reflets de la source, et de rendre conscientisable un au delà du vouloir-vivre de type égotique, et des représentations dont celui-ci se sert.

Entre 1993 et 2008, les grandes idées qui ont sous-tendu les quêtes de Nicolas de Cues, de Descartes, de Hegel, de Schopenhauer, de Goethe à la fin de sa vie, seront de nouveau activées et susciteront de nouvelles tentatives d’y répondre dans le contexte du moment.
Durant la même période, la technologie développera intensément tout ce qui touche à l’exploration spatiale et tout ce qui est lié à la transmission par l’air. De nouveaux champs d’application des connaissances des phénomènes ondulatoires et des hologrammes seront découverts. Un renouveau de l’art, essentiellement de la musique, et dans une moindre mesure des arts picturaux, devrait intervenir. La relation au concept de travail, dont le sens étymologique dérive du tripalium, instrument de torture de l’inquisition, se modifiera profondément. Dernier élément non relativisé du triptyque Travail famille Patrie, il subira une perte de prestige au profit du concept d’activité contractuelle. De nouvelles alliances seront explorées, la question du partage sera omniprésente, jusqu’à l’exploration des limites du rêve égalitaire, à partir de 2003. Les querelles et les conflits seront largement exploités sur le plan diplomatique et sur le plan juridique. La valeur évolutive, jusqu’ici attribuée aux conflits, sera remise en question. Les conflits sont générés par l’affrontement de systèmes de valeurs différents. La relativisation des éthiques aux finalités poursuivies devrait devenir un thème majeur. La tolérance sera mise à l’épreuve, non seulement par les intégrismes et les extrémismes, mais par la nécessaire confrontation quotidienne avec l’altérité extérieure et intérieure.

Aux deux tiers de la période 1993-2008, c'est-à-dire à partir de 2003, apparaîtront les limites du droit, de l’égalitarisme, de la recherche de justice, de la tolérance. Dans le meilleur des cas, l’humanité, ou du moins une fraction de l’humanité, en déduira la nécessaire prise en compte de la subjectivité, ce qui amènera, entre autres, de l’hégémonie de l’esprit scientifique sur l’ensemble des disciplines de la connaissance.

Cette période devrait générer de nouvelles approches du droit, notamment de la partie du droit qui régit les contrats interpersonnels. Le droit d’association et celui d’instituer des « personnes morales » entraînera le droit de ces personnes morales à disposer d’elles mêmes, en relativisant celui des fondateurs et des actionnaires, à partir d’une certaine arrivée à maturité de ce que l’on nomme encore aujourd’hui, des sociétés industrielles, commerciales ou de services.
La notion de justice évoluera vers des concepts de justesse, d’adéquation, d’opportunité. Ceci ne sera possible que dans les cultures aptes à relativiser toutes les prétentions absolutistes en termes de bien ou de vrai et devrait susciter d’ailleurs de vives protestations conservatrices de la part de la communauté scientifique comme de la part des communautés religieuses. Pour que cela puisse se réaliser, il faudrait que les expériences vécues durant ces quinze ans, amènent un nombre significatif d’individus à penser par eux-mêmes, en dehors des systèmes de références, scientifiques, idéologiques ou religieux.

(Nous avons encore du mal à apprécier le nombre, mais la relativisation opérée est partout présente et constituera à n’en pas douter un des fers de lance de l’évolution des prochaines décades)

Le rêve égalitaire, issu de la révolution française, sera lui aussi relativisé, et ramené au strict sens d’égalité devant la loi. Cette égalité devant la loi pourrait être affermie, en contre partie de la perte du rêve d’égalité de moyens. Il n’est pas certain que les pauvres en soient lésés. (nous ne pouvons que penser au droit opposable qui s’est développé pendant cette période). En gagnant en dignité ce qu’ils perdent en assistance, ils pourront rompre avec une représentation fataliste d’une nécessaire soumission, et oser s’engager dans une prise d’initiatives.

La condition la plus favorable à cette montée de l’initiative des plus démunis est la conscientisation de la logique interne du partage et des échanges, qui n’a rien à voir avec l’idéologie des droits acquis. Les droits acquis pourraient être remis en cause, essentiellement à partir de 2008.
La période 2008-2023 sera fondamentalement une période de mutation, plus souvent par un travail de sape, que par des initiatives spectaculaires, un véritable tournant de l’histoire, plus par des transformations des mentalités, que par des faits précis. La montée des insatisfactions, des angoisses sourdes, la remise en cause de tous les pouvoirs, des théories de l’absurde comme l’absence de sens deviendra difficile à supporter. En même temps la prise de conscience du pouvoir potentiel de chaque individu et le développement des pouvoirs psychiques s’intensifieront. Cette période comporte des analogies avec les périodes 1468-1483, 1648-1663, 1828-1843.

La période 1468-1483 se caractérise par l’intérêt pour l’hermétisme, la magie, l’astrologie, la Kabbale, et un retour aux traditions orphiques et zoroastriennes, en quête d’une issue au système aristotélicien. C’est cette ambiance trouble et féconde, au cours de leur enfance qui façonne l’esprit de Léonard de Vinci né en 1452, de J. Reuchlin né en 1455, de Pic de la Mirandole né en 1463, de Machiavel et d’Erasme nés en 1469.

Dans la période 1648-1663, nous retiendrons Pascal, qui en 1654, vit une nuit d’extase qui bouleverse sa vie. Il renoue avec les interrogations existentielles fondamentales : D’où viens-je ? Où suis-je ? Où vais-je ? et propose le pari. Il critique Descartes sur un point qui devrait ressurgir entre 2008 et 2023 : « l’absence dans la Méthode de la prise en compte de toute la dimension de la subjectivité vécue ». Seule une logique tridimensionnelle au tiers-inclus pourrait satisfaire à la fois les exigences de Descartes et de Pascal. Si Pascal paria sur l’existence de Dieu, le XXIe siècle reprendra sans doute sa logique du pari pour parier sur l’existence d’un potentiel créateur en l’homme. Dans cette même période trouble, Hobbes, en Angleterre publie « De la nature Humaine » et surtout « le « Leviathan »(1651) où il considère l’homme comme un loup pour l’homme, ce à quoi Spinoza a répondu dans son « Traité politique », que l’homme est un dieu et non un loup.

Ce débat devait être réactivé dans la phase 2008-2023 au fur et à mesure que se développeront les pouvoirs psychiques, et les nouveaux désordres que leur utilisation ne manquera pas de générer.

Durant la période 1828-1843 « des théologiens libéraux » s’acharnent dans les démythologisations de toutes sortes, comme David Strauss dans sa « Vie de Jésus » (1835) et les interprétations résiduelles du Christianisme, comme celle de Feuerbach dans l’« Essence du Christianisme »(1841) ou de Bruno Bauer dans le «  Christianisme dévoilé » (1843). En contrepoint, la pensée profondément religieuse de Kierkegaard n’échappe pas à une vision tragique de l’existence qui soulève la nausée, le désespoir et l’angoisse.
D’autres formes de dramatisations exprimeront entre 2008 et 2023 les résistances aux changements, et soulèveront d’autres propositions de représentation de l’homme, créateur potentiel, d’autres Golem. Il est probable que les premières applications de génie génétique à l’humain seront effectuées durant cette période, l’homme explorera de nouvelles relations à la mort. La vie sera considérée comme une succession ininterrompue de mourir pour renaître et par là en évolution permanente.
Cette période 2008-2023 devrait être dominée par la maîtrise d’énergies nouvelles, fusion atomique, antimatière, etc., ce qui bouleversera profondément toutes les données économiques. La relation à l’accumulation de moyens, privilèges, objets et savoirs, en sera profondément transformée, et plus particulièrement la relation à leur transmission, de l’étude et de la propagation lointaine sera au centre du débat dans la période 2023-2038.
La planétarisation de la conscience de l’homme libre et singulier, créateur de son monde, s’intensifiera vraisemblablement, mais ne pourra pas éviter toute incohérence ; on cherchera encore des médiateurs, des leaders, des guides, et des maîtres à penser aptes à réaliser cette planétarisation, au lieu de stimuler toutes les approches permettant l’autonomie du penser.


Nous arrêtons là, pour le moment, le texte d’Elisabeth sur cette considération qui nous interpelle tout particulièrement puisqu’un des objets de ce site, c’est justement de donner consistance à cette autonomie. A un moment où l’on est encore en train de nous bassiner avec de grandes mesures pour juguler la crise du point de vue « des grands de ce monde ».

Commentaire(s)

Phyrezo, le 27/03/2009 11:27:35

Excellent !