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La révolution de l'homo ecologicus ou l'intelligence bienveillante partagée

masque  Valabregue Antoine — 19/02/2018

« le vivant est l’intensification objective de quelque chose de formel »

« le vivant  est une chose qui intensifie son soi, c'est à dire qui rend plus intense la différence entre ce qui est en lui et ce dans quoi il est".

 

« Il n’y a d’humain qu’entre-deux » (les machines et les animaux)

L’humanité est une espèce animale productrice de représentations, qui coexiste tant bien que mal avec les représentations qu’elle produit sous forme d’artefacts »

Tristan Garcia

 

 

 

Susciter une attitude responsable et coopérative dès le plus jeune âge, au sein de dispositifs scolaires en mutation.

Développer la capacité de penser et l’esprit de citoyenneté.

 

 

Voici trois thèmes de bases  qui me paraissent essentiels si l’on veut prétendre former des adultes coopérant.

 

  1. Rien ne se ressemble : ni deux choses, ni deux êtres vivants.  C’est ce qu’on appelle le principe de singularité ou de spécificité.  C’est ce principe qui engendre la conscience, car il n’y de conscience que différentielle. Déjà Héraclite, le disait il y  a 25 siècles sous une forme imagée « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », les chinois disent « tout est mouvement », car ils n’ont pas le regard comme nous sur les objets mais sur les processus.

Et nous avons un mal fou à prendre un considération un principe aussi simple puisque cela fait plus de 60 ans que nous n’appliquons pas la déclaration universelle des droits de l’home dans son article (je cite de mémoire : toute famille a le droit à une pédagogie adaptée à son enfant- ce qui suppose de faire un  diagnostic et d’avoir une offre en conséquence). 

Freud en a déduit que le fondement de la communication était le malentendu.  Cela devrait nous induire à mettre au fronton de l’école de la république que pour faire en sorte que l’égalité puisse s’inscrire dans les faits, il faut comprendre  et mettre en pratique que la reconnaissance précède la connaissance. Il faut reconnaître l’autre dans sa différence pour m’enrichir et poser de fait une relation équitable sur le tapis. C’est à dire une relation de non domination, et de non perversité.

A tous les stades de la vie, le futur adulte se verra outillé pour résister à la domination unilatérale et pour ne pas se faire piéger par une relation perverse. Tout vivant n’existe que dans son rapport aux autres vivants et il a particulièrement besoin, s’il est humain, d’être entouré pour parvenir à l’âge Adulte.

Prendre en compte la diversité, c’est, tout particulièrement, s’occuper de l’inégal  traitement par les familles des jeunes en évaluant grâce à une mission ministérielle le véritable coup des réparations nécessaires. Il est insensé  de ne pas mettre des centaines de personnes sur ce dossier, sur le coût du chômage, des violences familials et des modalités pour s’en extraire.

 

Le cœur de l’attitude à adopter face au différent est la bienveillance. Si la curiosité est ce qui a structuré l’Homo Sapiens, la bienveillance est ce qui devrait structurer l’Homo Ecologicus ! D’aucuns pensent que c’est intrinsèquement impossible par la projection qu’ils font de la nature humaine.  Si l’on veut réduire la part « Demens » de l’Homo Sapiens, alors il n’y guère d’autres alternatives.

 

  1. Nous ne sommes pas éternels, le rapport à  la mort sculpte le vivant pour reprendre la belle formule d’Ameisen.  C’est le principe de finitude. La question de la finitude se pose, dès l’âge de 6 ans, et est essentielle à bien aborder. Une présentation des multiples façons d’appréhender la mort dans toutes les civilisations,  modulée selon les âges est une des priorités d’un dispositif éducatif digne de ce nom. De la mort  de toutes et tous et de la fin de chaque chose, chaque entreprise. C’est parce que nous parvenons à nous inscrire dans le temps et la finitude que nous pouvons faire de belles choses et, en tout état de cause, nous affranchir de l’immédiateté de la répétition infinie du quasi même, du « scotchage » au stade embryonnaire du vivant qui constitue une  des principales plaies des temps actuels.
  2. Nous ne faisons pas ce que nous voulons quand nous voulons, nous sommes beaucoup plus pilotés par des processus inconscients que nous ne nous l’imaginons. Spinozza en avait fait son credo de base.  Et des multiples découvertes dans le champ des neuro sciences viennent renforcer cette perception. (En montrant  clairement que nous observons les choses en nous racontant des histoires, des fictions- ce point est incontournable).  Parvenir à ne pas être embarqué dans une voie de qui ne nous convient pas, est une des grandes difficultés de l’existence. On pourrait appeler cela le principe de détermination.  Le travail à entreprendre pour entrevoir cela est essentiel. Il s’agira donc de repérer le maximum d’automatismes que nous avons élaborés. Il s’agira d explorer d’autres voies possibles par des exercices simples qui entrainerons chacun à amplifier sa capacité créatrice. Cela peut se faire par la voie du  silence, par le respect de ses désirs et intuitions profondes pour peu qu’elles ne soient pas des voies de domination, de manipulation ou d’asservissement de l’autre.

Chemin faisant nous ouvrirons vraiment la voie du dialogue c’est à dire du citoyen respectueux de lui des autres et de l’environnement.

Entreprendre ce travail suppose d’avoir suffisamment foi en sa bonne étoile pour réduire les peurs inutiles et les jalousies qui fonctionnent comme autant de compensation des manques que nous avons intériorisé. Cela suppose de sortir des logiques de victimisations inutiles et  cela induit que la société paye le prix pour cicatriser les blessures des enfants victimes de vrais sévices de la part de leur entourage.

 

 

Ces trois grands axes devraient être au cœur des préoccupations, dès le plus jeune âge, sous des formes multiples, de tous les facilitateurs.

 

Nous pouvons maintenant aborder le jeu de questionnements du socle commun censés façonner l’Homo Ecologicus. Selon les âges de la vie, les réponses vont évoluer, mais la plupart de ces questions peuvent être abordées dès la prime enfance et se prolonger tard dans l’existence. Abordées soit en groupes soit seul soit avec un camarade de classe librement choisi.

 

  • Qui suis-je  (qu’est ce qui fait que je suis un être singulier ? )  qui ne suis-je pas ?
  • De quoi suis-je composé (antennes, parties du corps cellules, souvenirs,…).
  • Quelle image je conne à voir ?
  • A quoi j’appartiens ? (univers,  galaxie, système solaire, terre, vivant,  animaux, espèce humaine, civilisation, pays, localité, rue, immeuble, sexe, genre, clubs, associations, groupes)

Connaissances nécessaires pour appréhender ces niveaux d’organisation. (maths, physique, chimie, biologie, philosophie, histoire, géographie

…..

  • Qu’ai-je  envie d’être ? et de faire ?

Que dois-je acquérir pour y parvenir ? Comment je peux anticiper la chose,  élaborer des projections temporelles adéquates, …Sui capable de m’extraire de la jouissance du moment

  • Quels pont les sujets ou matières où je me dérobe, pourquoi ? Est-ce que je les reconnais comme utiles au vivant, sinon quelles attitudes adopter face au parasitage par exemple.

Mettre à la disposition de tout un chacun un panel de vies  consistantes d’histoires symboliques, de romans, de destins nobles et ignobles, d’histoires et de mythes fondateurs des diverses cultures ?

  • De quelles ressources je dispose ? De quelles ressources j’aimerais disposer ? De quelles ressources j’aurais l’impression de pouvoir me passer, et comment irais-je les quérir chez d’autres ?
  • Ai-je besoin que ces ressources s’amplifient ? 
  • Quelles sont mes principales faiblesses ?
  • Ai-je un cadre adéquat pour exprimer mes faiblesses,  mes doutes, sinon comment le constituer? 
  • De quelles façons acquérir les ressources nécessaires qui me manquent ?

 (Kenneth Arrow un des prix noble d’Economie récent a montré que le facteur de confiance était le facteur clé de développement des économies de la connaissance non hiérarchiques)

 

  • Quelles sont mes peurs, mes désirs, avouables non avouables.
  • Quel rôle ai-je envie de jouer dans un groupe (suiveur, contestataire, leader). De quelles façons je m’insère dans un groupe ?
  • Comment je me sens dans mon corps ?
  • Quel rapport ai-je avec la nourriture ?
  • Quelles sont mes douleurs, mes complexes, comment faire en sorte qu’ils ne m’envahissent pas ?
  • Suis-je capable d’être silencieux, de parler  à quelqu’un que je ne connais pas ?
  • Suis capable d’exprimer une satisfaction, une insatisfaction ? Est-ce que je le fais de façon appropriée ?
  • Quel est mon rapport à la matière, au concret, au beau, à la musique,  à l’art, à l’esprit ?
  • Quel est mon rapport au sauvage, à la ville, aux animaux ?
  • Quel est mon rapport au passé, au présent et au futur ?
  • Quel est mon rapport avec quelle chose que je ne comprends pas, qui me parait étrange à de l’imprévu  ?
  • Quel est mon rapport à  la loi, aux ordres, au code la route ?
  • Quel est mon rapport  à la politesse, aux autres, à  la bienveillance, à la générosité,  à l’humour, au rire, à la jalousie, à la honte, à la maladresse ?
  • Sur quels terrains ai-je un « bon » sens critique, un moins bon sens critique ?
  • Dans quels domaines suis-je prêt à prendre des risques ou à ne pas en prendre ? Pourquoi  est-ce que cela me convient ?
  • Comment faire évoluer la chose  si je ne suis pas satisfait ? Quels sont les domaines ou je suis tétanisé ?
  • Quelles sont les stratégies que j’utilise pour séduire, pour tricher,…
  • De quoi ai-je besoin,  envie ? Ni besoin, ni envie ?
  • Quelles sont les illusions que j’ai envie d’entretenir ?
  • Par quoi suis-je fasciné ?
  • Est-ce que j’aime la foule, la messe, les stades de football, la solitude ? qu’est-ce qui s’y joue ?
  • Suis-je conscient de la bonne distance, du rythme et du ton à trouver face à quelqu’un ?
  • Suis-je conscient des façons dont  je filtre et dont mon interlocuteur filtre l’information ? ( là, bien sur je peux rentrer dans le détail de ce qui serait une généralisation de La Garanderie, du P.E.I revisité par la PNL ).

 

Reste à mieux caler les formes de dialogues, et les façons de faire progresser ces questions, dès le plus jeune âge, sans aucune moquerie, dans un bon état d’esprit parce que c’est le cœur du processus qui va naturellement faire en sorte que l’Homo Ecologicus,  auto-régulateur s’impose face à l’Homo Economicus sans limites.

Faire en sorte que le dispositif éducatif ne joue pas les autruches et   prennent en compte ces préoccupations, le plus tôt possible, sous des formes  multiples, passant par des  jeux, des groupe de paroles,  des échanges de savoirs, des projets collectifs, de l’incitation à d’auto apprentissage, des rencontres avec des milieux géographiques et sociaux différents, des stages, des cours, paraît être une tâche incontournable et qui, pourtant, peine à être mise en place.

 

Nous n’analyserons pas ici les raisons des blocages, pour nous centrer sur un corpus de propositions ; tant notre expérience nous indique que de plus en plus de gens partagent le diagnostic et l’ambition de faire évoluer le système, même s’ils n’y croient pas encore assez.

Une fois la direction posée que le but de l’éducation devrait être de partir des préoccupations des gens,  et de faire en sorte que chacun trouve une place au sein d’une société tendant vers la coopération ; on peut envisager les modalités, c’est à la dire la période de transition, pour y parvenir le plus sereinement.

A notre avis, elle pourrait comporter les mesures suivantes :

  1. On recruterait le plus vite possible des nouveaux « profs » sous de nouvelles modalités. Le nouveau corps pourrait s’appeler les « facilitateurs d’apprentissages » avec des spécialités dans une discipline classique.
  2. On proposerait à ceux qui sont en poste de rejoindre le nouveau corps avec une formation complémentaire.
  3. On réduirait les heures dites de cours  des élèves, au prorata de ceux qui ne veulent pas entendre parler d’autre chose,  avec un minimum  quand même (ça évite la crise, de fait, parce qu’on oblige personne à faire autre chose que des cours) et on attend que ceux qui refusent les nouvelles missions et le nouveau corps partent à la retraite, personne ne peut se plaindre.
  4. On mettait à plat la carte scolaire en fonction des forces en présence, en réduisant sur un plan pluri annuel les ghettos de fait.
  5. On ferait apparaître des préoccupations communes  et des questions communes à la formation tout au long de la vie.
  6. On  appellerait les forces vives de la nation à s’impliquer dans le dispositif.
  7.  On instituerait des épreuves en groupe à part égale avec les épreuves individuelles.

 

 

Ce qui me permet de terminer par un addendum pour réfléchir plus profondément !

 

Les valeurs en œuvre dans la période historique que nous vivons

 

Les temps sont sans doute venus pour repréciser le tryptique Liberté-égalité-fraternité,

deux siècles après sa formulation, compte tenu de l’apport de la question écologique.

Le mythe de la liberté nomme bien ce qui est en jeu depuis la Renaissance et  se substitue peu à peu à celui de l’amour, en vogue les siècles précédents.

Les mots égalité et fraternité qui sont en fait les pôles sensibles et concret  de l’idéal  de Liberté, représentent une sorte de concession à l’influence du catholicisme. Il paraît ainsi  judicieux de leur substituer d’autres concepts ; je propose : attention et  justesse.
Etre attentif  à tout ce qui se passe ne m’oblige pas être frère avec tout le monde. De même la justesse nomme mieux la qualité acquérir pour  prendre en compte la complexité que la justice. Ces deux mots ne sont pas de l’ordre des droits, mais bien des attitudes à promouvoir si l’on veut se positionner par rapport à ce que nous diagnostiquons de la planète et du cosmos.

Le mythe de la liberté qui se déploie porte à un niveau supérieur la question de l’individu qui est apparue au 6 ème siècle avant JC et nécessite pour se développer de s’appuyer sur de nouveaux supports, de nouveaux cadres pour opérer les mutations nécessaires.

 

C’est d’ailleurs parce que la période est à la mutation que nous devons proposer des choses plus « ambitieuses » « qu’une éducation émancipatrice ». Ou alors bien indiquer qu’il s’agit de s’émanciper de la crétinerie ambiante et du délire consommatoire.

Trève de plaisanterie.

Si ma mémoire est bonne, les recherches de Philippe Meirieu, quand il était prof de sixième sur le terrain, montraient que le cours magistral ne correspondait pas aux attentes de 30 R0des élèves au moins qui avaient plus besoin de travail en groupe ou d’aide individualisée ( ce qui était corrélé par des profils psychiques différents). Sauf que je suis arrivé à la conclusion que ces 30 R0étaient anticipateurs des changements dont nous ne pouvions pas apprécier l’ampleur à l’époque et qu’aujourd’hui les formes de travail en groupe et l’aide personnalisée devraient être archi dominant si nous voulons être à la hauteur des enjeux.
A partir de ce simple constat, je ne vois pas comment on ne peut pas revoir les choses en prenant de la hauteur.

C’est pourquoi je propose, non pas de tout revoir ce qui a été fait, mais de mettre l’éclairage sur les fondamentaux de l’écologie au préalable ( je suis persuadé que si nous nous autorisions à penser à partir des préoccupations que révèlent l’écologie nous serons beaucoup plus créatifs)

j’aurais pu attaquer sous l’angle du changement des missions. (Au lieu d’un service défini en heures de cours un service défini en nombre de jeunes sont on assure le suivi jusqu’à l’insertion dans la vie adulte cela sera pour une autre fois.)

 


 

 

 

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