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Maltraitance et djihadisme

masque  Valabregue Antoine — 24/06/2017

 

Loin de nous l’idée de soutenir que le djihadisme s’enracine uniquement dans de la maltraitance. Ni que la bascule vers le djihad soit le fait de seuls musulmans (1/4 ne le sont pas).  Je relèverais, en premier lieu, des positions qui me semblent unanimement partagées par celle est ceux qui sont au fait de la question.

Il y aurait ainsi  deux types de jeunes occidentaux non musulmans qui partent faire le djihad. Les premiers sont des jeunes qui habitent aux alentours de cités à majorité musulmane. Ils grandissent entourés d’amis musulmans et s’assimilent à eux, miment leur comportement : ils ne mangent pas de porc, ne boivent pas d’alcool et s’essayent au jeun du Ramadan. Pour se prouver à eux-mêmes qu’ils sont de vrais musulmans, ils ont tendance à faire de l’excès de zèle et à se radicaliser bien plus que les autres.

La deuxième catégorie concerne plus les gens appartenant aux classes moyennes. Ils ne sont pas radicalisés par les cités, mais par l’Internet. 

Tout le monde semble aussi d’accord sur le fait que des terroristes sont très structurés mentalement, avec de fortes capacités d'anticipation et de dissimulation.

 

Nous souhaitons simplement explorer le fait que s’occuper de la maltraitance, sous toutes ses formes visibles et invisibles que peuvent subir les futurs adultes, pourrait réduire les formes de psychoses, en tout cas de perte d’humanité, que constituent les passages à l’acte terroriste, passages précédés ou non d’embrigadement. Terrorisme qui  n’épargne aucun pays et donc qu’il faut aussi cesser de présenter comme simple conséquence de l’impérialisme occidental. Nous n’avons pas à nous sentir coupables de la chose, nous avons à la considérer. Chemin faisant, en nous en occupant, nous résoudrons d’autres problèmes.

La Maltraitance désigne tout acte pouvant nuire au bien être de la personne.

On sait que la maltraitance augmente les désirs de suicide et de toute façon réduit la capacité d’intégration. Elle peut être un facteur amplificateur de ce que certains nomment le vide identitaire pour indiquer un facteur attractif de l’attirance vers le djihad.

Tout excès de pouvoir de l'adulte aggrave la crise identitaire et rend impossible le lien de qualité avec l'adolescent. L'objectif est que l'adolescent puisse redécouvrir son fonctionnement psychique et reprendre sa trajectoire propre.

Les Hommes qui prêtent allégeance à l’Etat Islamique peuvent avoir des raisons diverses, mais proviennent en général d’une blessure narcissique systématique comme "la ségrégation ou les bagarres de récréation et la misère sexuelle. Et la misère sexuelle est le sujet le plus récurrent, le plus important et le plus massif."

La mesure n° 1 du dernier rapport parlementaire de 2014 sur le djihadisme était de mettre en place des actions obligatoires « de formation à la détection de la radicalisation, à destination des acteurs de terrain ». Cela n’a pas franchement débouché. Le prochain rapport sénatorial, qui sortira en Juillet, indiquera  par exemple qu’il faudrait mieux augmenter les ressources de la PJJ que d’arroser des associations pas vraiment compétentes (à part deux ou trois  à Mulhouse et à Bordeaux). Et aussi mieux traiter sa propagation en prison.

 

La maltraitance peut revêtir plusieurs formes. Nos recherches  sur ce qui est spécifique à l’homme et au vivant (voir  le livre  « Réinvestir l’humain, éditions Chroniques sociales de Lyon) montrent un processus commun qu’il est indispensable d’identifier.
La maltraitance s’appuie concrètement sur des transformations de la personne et sensiblement sur une perte du sentiment d’utilité au monde.

Considérer les maltraitances passe obligatoirement par  identifier en pleine conscience ces transformations et imaginer d’autres formes d’intégration au  monde.

Le cycle de la maltraitance conduit à identifier des questions qui feront émerger de nouvelles règles qui aboutiront à faire des choix  pouvant réduire l’impact de cette  maltraitance.

Je reprends pour terminer, à mon compte,  les propos de David Thomson,  sur les frustrations manques et autres maltraitances qui  nourrissent le djihadisme  (« Les revenants).

Ce qui revient en permanence, c'est un sentiment de frustration très largement partagé qui touche tous les milieux.

Le djihadisme propose à des egos froissés d'accéder au statut valorisant de héros de l'islam sunnite. Certains ont vécu des violences sexuelles, d'autres ont été confrontés à la mort brutale, la maladie, la toxicomanie, voire la prostitution, l'absence ou l'abandon d'un de leurs parents. Des dysfonctionnements, parfois imperceptibles de prime abord au sein des cellules familiales, sont souvent aussi à prendre en compte.

Les acteurs concernés vivent le djihadisme comme une purification qui les laverait des souffrances ou péchés commis.

Cette idéologie les soulage, les apaise et leur redonne foi en un avenir promis comme paradisiaque dans l'au-delà, avec une absence de «transcendance» dont le sentiment offre un terrain très favorable à l’accueil de la propagande djihadiste. Finalement, un certain nombre de jeunes vivent mal de se retrouver dans un monde sécularisé.

Le djihadisme  leur apporte un code de conduite qui régit tous les aspects de la vie terrestre et qui leur redonne un sentiment de fierté, de supériorité sur les non-croyants, l'impression d'une renaissance en appartenant à la communauté des élus.

Ils combattent la démocratie et le modèle de société français, perçus comme «ennemis de l'islam».

Le djihadisme n'est pas le fruit du communautarisme: c'est plutôt l'absence de communauté qui a donné l'envie de recréer une grande fratrie universelle.

 

La plupart des Français s’aventurant sur le terrain du djihad se sont auto-radicalisés seuls via les réseaux sociaux, et surtout via Facebook. Il n’y a pas – ou très peu - d’engrenage via des réseaux islamistes, implantés en France et recrutant les jeunes à la sortie des mosquées. La majorité des jeunes interviewés dans le livre se sont forgés une foi indéfectible en Allah en surfant sur Internet, en s’abreuvant de vidéos de prêches d’intégristes de tous poils 

La conversion s’inscrit dans une quête spirituelle, une démarche rédemptrice, ou en tout cas qu’elle apporte une réponse à une question latente.

Il y aura donc besoin pour réduire le problème de s’occuper des maltraitances et des questions idéologiques sous-jacentes, dont celle de l’égalité de traitement des hommes et des femmes qui n’est pas acquise via par exemple les pratiques d’excisions.
Dans ce rapide aperçu nous espérons avoir donné au lecteur l’envie d’approfondir par lui même pourquoi il se sent heureux dans son existence et pourquoi nous ne consacrons pas plus d’énergie à ce que ce sentiment soit partagé par tout le monde ?

 

 

 

 

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