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Un dispositif pour une mutation de l'école

masque  Valabregue Antoine — 20/05/2017

Préambule

 

Nous vivons une époque charnière vers une meilleure gouvernance mondiale, articulant le global et le local, le croissant et le décroissant, l’individu et les collectifs pour traiter au mieux  les questions écologiques, économiques et sociales, au moment où la révolution numérique impacte tous les secteurs de la vie et bouleverse les équilibres anciens.

 

Cela ne peut qu’ entraîner une profonde mutation de ce qu’on appelle l’école.  

 

Par conséquent, il  semble important, sauf abandonner tout pouvoir aux robots,  de former  chaque futur citoyen  à davantage d’attention à lui-même, aux autres et à la planète, donc à  acquérir une capacité accrue de résilience pour mieux faire face à la mondialité.

 

Augmenter, dès le plus jeune âge, chez le futur adulte sa capacité d’observation, d’écoute  de l’autre,  le renforcer dans l’art de discerner le vrai, de quérir l’information pertinente, acquérir une véritable confiance en soi, une ouverture d’esprit, des aptitudes à expérimenter  et coopérer.

Faire en sorte que les adultes aient plus de sens poétique et de capacités à se sentir les gardiens de la planète.

Nous résumons cela par la formule :

Former des citoyens- généralistes à :

Penser, ressentir, entreprendre de manière solidaire.

 

Ce qui paraît primordial est de s’ouvrir à des réorientations, des états d’esprit et des méthodes pour impulser le changement.

 

Une méthode  possible pour aujourd’hui.

 

Nous  proposons de mettre sur pied au plan national un chantier de  discussion sur  les objectifs  d’une éducation à la hauteur des enjeux précités et sur les modalités de mise en place.

Nous proposons de réunir, par exemple dans 7 villes de France (Paris, Rennes, Toulouse, Clermont Lyon, Marseille et Lille), avec les techniques du type  « élaboration de la constitution en Islande », des représentants  de toutes les sensibilités et tous les acteurs de l’éducation. Seront ainsi réunis -

élèves, parents, enseignants, CPE, surveillants,  personnels de service, seniors bénévoles, documentalistes, personnels de direction, inspection, monde du travail (TPE PME, grosses entreprises), recherche, syndicats,  associations de spécialistes,  médecins, infirmières,  éducateurs, police).

On répartit ces représentants autour de tables de six personnes, en veillant à la plus grande diversité possible autour de chaque table.

 

Nous proposons de construire une force de co-élaboration  de propositions autour de principes et d’axes forts non contestés. Ce travail devra inclure un scénario de traitement des désaccords qui pourra servir de prototype d’autorégulation efficace à d’autres secteurs que l’Education.

 

La première des exigences est de se mettre d’accord sur une échelle de temps convaincante  pour la mise en place des réformes, qui s’imposerait à toutes les familles politiques et ne donnerait ainsi plus lieu à des reconsidérations hasardeuses au gré des élections. Toutes les parties en présence ayant donné leur accord pour les grandes étapes des scénarios, nous éviterons les ruptures génératrices de déstabilisation permanente ainsi que les politiques de court-terme.

 

Nous suggérons douze journées de travail.

Quatre pour élaborer et affiner les accords, quatre pour se mettre d’accord sur les désaccords et quatre pour élaborer les scénarios tenant compte des divergences.

 

Premier temps :

Partage des préoccupations essentielles de chaque catégorie  d’acteurs et vérification que chaque autre catégorie les entend et va donc tenter de les intégrer dans des scénarios aboutis.

Nous imaginons ici la nécessité de confronter les « propositions- aspirations » de chacun au principe de  réalité. C’est pourquoi les animateurs auto- désignés de chaque table veilleront à ce que les « rêves » de chacun soient reconnus  par tous comme recevables.

 

EXEMPLES :

Professeurs : on voudrait pouvoir intervenir sans avoir à faire de discipline, par petits groupes, en ayant le temps de traiter les difficultés de chaque élève  autour d’unité capitalisables de niveaux à acquérir incontestés.

Parents : on voudrait que nos enfants trouvent leur voie et qu’on respecte toutes les formes d’intelligence (manuelle, artistique, entrepreneuriale…)

Elèves : on voudrait apprendre à notre rythme, ce qui nous paraît utile et intéressant et avoir le temps de se distraire.

Tuteurs : on voudrait pouvoir suivre jusqu’à l’autonomie un groupe de jeunes

Spécialistes : on voudrait pouvoir à la fois, former une future élite dans la discipline et donner les bases de culture générale à tout le monde.

Infirmières : on voudrait que les enfants fragiles et maltraités puissent avoir un suivi conséquent pour guérir de leurs blessures

Médecins: on voudrait que les enfants manifestant des carences alimentaires, présentant des troubles de la personnalité soient suivis

Direction : on voudrait que notre travail soit essentiellement un travail de médiation entre toutes les parties en présence et que les conflits  que nous ne parvenons pas à régler soient traités par des consultants extérieurs.

Inspection : on voudrait  pouvoir évaluer sans juger, on voudrait que tout professeur qu’on estime en situation de faiblesse puisse être aidé et reconverti le cas échéant. On voudrait que les professeurs encouragent le goût à penser, à ressentir et à faire.

Personnel de service : on voudrait que notre travail soit respecté, qu’on ne ferme pas les yeux devant les dégradations, que la cantine soit un espace de convivialité.

Psychologues ; on aimerait que chaque enseignant soit outillé pour diagnostiquer le déficit majeur d’un jeune. Que ce soit au plan de la confiance, de la lucidité, de la capacité à prendre des risques intelligents, à faire face aux incertitudes.

Police : on aimerait qu’il n’y ait aucune violence dans la rue et pas de trafics de drogues nocives.

Surveillants : on aimerait  pouvoir mieux utiliser nos savoirs lors des études encadrées,  et être formés pour cela.

Deuxième temps

Où se situent les principaux problèmes ? Libre expression des tensions en utilisant les principes de la Thérapie sociale de Charles Rojzmann par exemple et ou ceux de la « simplexité », chapitre que j’ai écrit dans l’ouvrage «  Réinvestir L’humain », - Mai 2017- Chroniques sociales de Lyon)

 

Troisième temps. 

Elaboration des mesures à prendre, en tenant compte des désaccords.

 

 

Bref aperçu d’ouvertures possibles

 

La visée est de sortir de la parcellisation des savoirs,  de favoriser une perception d’ensemble du monde et des cultures, de créer une autre architecture des apprentissages, facilitant le tissage de liens entre eux.

Pour promouvoir  une école qui formerait un maximum  de « citoyens- généralistes »  plutôt qu’une machine à trier et à rejeter. Des généralistes à même de  participer aux débats sur les enjeux de proximité, nationaux et internationaux, d’apporter leur contribution et de trouver leur place.

 

Pour cela, nous proposons un triptyque : penser, ressentir, entreprendre de manière solidaire.

Penser, c’est être capable d’élaborer dans une situation nouvelle ;  ressentir, c’est être à l’écoute de ses émotions et de ses sentiments ; entreprendre de manière solidaire, c’est mener sa vie de façon autonome, quelque que soit la situation, en respectant les autres et les fragilités du vivant.

En proposant une mise en perspective du  passé, du présent et du futur ainsi que le développement et l’articulation des activités concrètes, sensibles et conceptuelles,

on pourrait envisager  à une réorganisation générale des disciplines.

 

  • Activités concrètes sur le passé : physique, chimie,  
  • Activités sensibles liées au passé :  histoire des cultures, les différentes formes d’art. Littérature.  A travers les œuvres étudiées et créées dans ces différents domaines on développera la perception des inhibitions, des blocages, des peurs.
  • Activités conceptuelles liées au passé : les grandes formes d’organisations des civilisations, l’économie, l’informatique.

 

  • Activité concrètes du présent : activités corporelles centrées sur la conscience de soi et la maîtrise du geste.
  • Activités sensibles du présent : expressions artistiques et musicales.
  • Activités conceptuelles du présent : conscience de ce qui est essentiel et futile, facile et difficile etc.. dans chaque discipline

 

  • Activités concrètes du futur :  -apprentissage de la langue, des langues
  • Activités sensibles du  futur : les  différentes de formes de pouvoir et leurs conséquences en matière de type d’existence.
  • Activités conceptuelles du futur : intelligence du réaménagement des territoires, des espaces et de la redistribution  du temps, pour permettre aux humains de vivre ensemble sereinement et en bonne entente ; apprentissage des mathématiques.

 

Ce qui est spécifique à l’homme (la capacité à inventer de nouveaux possibles) devrait  s’ancrer sur ce qui est au commun, au vivant, c’est-à-dire le caractère cyclique des choses.

Nous avons traduit cette caractéristique  cyclique (alternance de phases visibles et invisibles et de moments croissants et décroissants de façon analogique). Nous proposons ainsi 4 périodes avec des objectifs prioritaires

-       . 

  • 6 à 9 ans, encourageant la bienveillance (soignant les maltraitances).
  • 9 à 12 ans, priorisant  la lucidité (se protégeant des « désirs induits » et de son corollaire : la surconsommation)
  • 12 à 15 ans, entraînant au goût du risque (prenant en compte la complexité).
  • l15 à 18 ans, élaborant un bon rapport avec l’incertitude (incluant le goût de du silence).

A chaque phase, on veillera à offrir à chaque jeune la capacité d’exprimer ses besoins, ses désirs, ses rêves, ses peurs ses « haines.

Cela suppose que chacun ait la  possibilité d’être reconnu tout simplement.

Pour ce faire, la pratique des groupes de parole sera encouragée.

C’est cette capacité à créer un cadre pour un travail sur soi qui a permis à l’Islande de réduire de façon impressionnante la toxicomanie ( nous avons développé un programme sur le sujet).

C’est  la prise en compte des rythmes des enfants, l’espace laissé à la créativité qui a hissé la Finlande au tout premier rang des nations en matière éducative.
On devrait mettre en place un collectif chargé de recueillir, dans tout le pays, les pratiques innovantes en matière d’éducation dans le public et le privé, incitant les régions à mettre en place les formations à ces pratiques.

Tout cela diminuerait les violences en tous genres, le mépris et amènerait à la « pacification » des esprits.

On généraliserait la pratique des « Travaux Personnels Encadrés ( dossiers, chefs d’œuvres, réalisations de toutes sortes) autour de projets évalués par des jurys mixtes

On travaillerait par unités de valeur dans les grandes disciplines. A l’instar des pays anglo-saxons, pour mettre fin au système du redoublement, si mal vécu et si peu efficace

On créerait un nouveau statut des professeurs (prof-prof, prof-tuteur, prof documentalistes, prof-chercheur…) sans forcer les anciens à le rejoindre.

Tout le dispositif, évalué  régulièrement par des structures à inventer, devra

  • vérifier que chaque apprenant est inséré dans des réseaux appropriés
  • s’engager à intégrer chaque jeune dans la vie active (le cas des handicaps graves devra faire l’objet d’un traitement spécifique).
  • veiller à l’implication de tous les acteurs envisageables
  • Réinsérer les intervenants fatigués.

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